Trois années de dépression

J'étais assise par terre dans la chambre de Charlotte. Monsieur Patate était tout près, en morceaux, à côté de quelques céréales puffs bio. Je pleurais tout en souriant à notre fille d'un an et demi qui me montrait ses jouets et me racontait sa passion du moment; j'étais complètement dépassée par ma vie pourtant si simple. Je n'avais pas d'emploi; je ne sortais pas de la maison sauf pour faire les achats hebdomadaires; je n'avais aucune amie à visiter; je n'avais aucune motivation à me lever le matin sauf celle de m'occuper de notre très active petite fille. J'étais en dépression.


Je me sentais engourdie et désespérée. Toutes mes émotions étaient exagérées; les rires semblaient trop forts, les pleures n'en finissaient pas, les peurs planaient en permanence au-dessus de moi, la fatigue me suivait partout, tout comme Charlotte.


Nous venions de quitter le magnifique Saguenay. Et sans le réaliser, j'étais en deuil. J'avais entretenu plusieurs rêves et aspirations dans cette magnifique région du Québec, mais le travail de mon mari nous a fait migrer vers le Sud. Nous étions heureux du changement et excités de ce que le Seigneur nous appelait à faire, mais je crois que j'ai négligé de faire des adieux convenables aux montagnes, aux gens, au fjord, à mes amis, à mes utopies.


À peine installés dans notre nouveau chez soi... je suis tombée enceinte. J'ai découvert ce petit miracle quelques semaines après le déménagement, juste avant que Jonathan parte tout l'été comme directeur de camp à Parole de Vie. Puisque nous devions nous installer, nous avions convenu que j'irais le rejoindre de temps en temps et qu'il viendrait les fins de semaine, mais je n'avais pas anticipé la dépression qui prendrait racine lentement, et confortablement. Je ne connaissais personne dans ma nouvelle Église, je ne vivais pas si près de ma famille et je me sentais isolée. À cause de la grossesse, de l'exubérance de Charlotte et des maux de coeur, je ne sortais pas souvent. Je restais seule et je pleurais de plus en plus.


Au début, je croyais que c'était seulement les premières semaines de grossesse et le déménagement qui provoquaient toute cette fatigue et ce découragement. Cependant, au fil du temps, la souffrance intérieure s'intensifia et s'installa sournoisement dans mon coeur.


J'avais tellement hâte d'accoucher. Je me disais que mes nuages très noirs se disperseraient et s'éloigneraient de moi pour de bon après la naissance de Rose. Et ce fut le cas. Durant 5 jours. Lorsque j'ai tenu mon bébé dans mes bras après la césarienne planifiée, une joie intense a envahi tout mon être. Ce n'était pas seulement de voir et de tenir mon enfant qui m'apportait le bonheur, je sentais vraiment une différence au niveau de la mélancolie et de l'abattement qui m'étaient si familiers.

Durant tous ces mois de questionnement, je criais à Dieu. Je n'étais pas capable de lire ma Bible et de prier le matin comme à mon habitude, alors je le faisais lors de la sieste de Charlotte. Je pleurais, j'écrivais mes prières et mes grandes supplications à Dieu. Je cherchais du réconfort auprès de Lui et je voulais des réponses. Malgré que je sentais sa présence, j'étais frustrée qu'il ne m'apaise pas, qu'il ne manifeste pas une petite étincelle d'espoir. Il m'a toujours répondu : « je suis là », « ma grâce te suffit », mais je voulais plus! Plus que la grâce!


Quelques jours après que notre merveilleuse Rose soit enfin à côté de moi et non en moi, les effets de la dépression sont revenus. Ils m'ont frappé de plein fouet sans que je le réalise vraiment, car notre petit bébé avait des problèmes de santé beaucoup plus importants que l'état de mon âme. Durant quatre mois, Rose a pleuré. Elle hurlait 80 % de ses temps d'éveils. Elle dormait peu et prenait une éternité à s'endormir. Le moindre mouvement que Charlotte faisait la réveillait. J'étais plus que désespérée. Je sombrais.


Je lisais souvent l'après-midi dans notre petit salon tout près de la chambre de Rose et de Charlotte. Je tentais de les coucher en même temps, puis je m'écroulais sur le sofa. Parfois je fermais les yeux et je luttais pour ne pas dormir, mais je voulais vraiment ouvrir le livre précieux qui m'a soutenu durant ces longs mois de solitude. Je soupirais après le soulagement qu'il m'apportait. Je lisais seulement quelques versets, et je priais pour moi-même avec grande ferveur. J'ai lu des psaumes et des versets de réconforts de nombreuses fois. Bien que je ne savais pas du tout quand ni comment ne s'achèverait cette agonie, j'avais foi en mon Père. Il était là et c'est tout ce qui comptait. C'est tout ce que j'avais à savoir.


Trois ans après le début de l'agrandissement de ce trou noir, le Seigneur m'a envoyé une lueur d'espoir; une toute petite étincelle : j'ai ri. Les sourires apparaissaient souvent sur mon visage durant les moments les plus difficiles, mais je ne riais plus. Ce jour-là, mon ventre a été secoué par la joie et j'ai tranquillement guéri de ma dépression.


En me remémorant ces jours sombres, je suis reconnaissante d'être restée tout près de Dieu. Je n'ai peut-être pas appris de nouvelles doctrines ou de nouveaux concepts théologiques, mais j'ai goûté à la présence de Dieu comme jamais dans ma modeste existence. Ma vie ne portait aucun fruit, mais les racines de mon âme ont grandi à une vitesse folle et m'ont rendue beaucoup plus ferme dans ma foi.


La dépression m'a rapprochée du coeur de Dieu comme aucune autre épreuve dans ma vie. Et si c'était à recommencer, je l'écris avec crainte et tremblement, mais avec assurance : j'accepterais cette épreuve et je prendrais la main que Dieu me tendrait assurément.


La Parole de Dieu a été une ancre incontestable pour moi. Mon mari m'a soutenu, mais rien ne m'a fait du bien comme l'amour du Seigneur Jésus. Rien n'a touché mon coeur et ne m'a réconfortée comme les Écritures.

Lorsque vous êtes dans un trou sombre et que votre coeur est désespéré, ne sous-estimez pas la croissance invisible de votre amour pour Dieu. Accrochez-vous à Lui, le seul Rocher sûr et solide.

Avant le mois de mai 2011, j'aimais Dieu. Je le chérissais même, mais après les trois années de dépression qui ont suivi, j'affirme que je suis complètement amoureuse de Lui, car il ne m'a jamais abandonné durant chaque minute de panique. Il m'a appuyée, m'a soutenue, m'a pardonnée, m'a éclairée, puis une journée à la fois, il m'a relevée.


Si tu vis des moments difficiles, accroche-toi au Seigneur. Je sais qu'Il est là tout près de toi et qu'Il te soutient. Sa grâce suffit et c'est vrai. C'est tout ce dont j'avais besoin et toi aussi.


Durant les mois de la dépression, je dois honnêtement avouer que je n'étais pas certaine de l'amour de Dieu pour moi, mais je n'ai jamais douté de sa présence et de sa souveraineté. J'avais peur de ses choix pour moi, mais je ne doutais pas qu'ils seraient les meilleurs.


Après la longue tempête, Dieu m'a fermement assuré de son amour pour moi. Je n'ai plus jamais douté! Depuis cette épreuve, je chéris et crois profondément que rien ne peut me séparer de son amour (Romains 8.38-39, un passage que j'ai lu à répétition durant ces moments d'incertitudes).


Que le Seigneur soutienne tous ceux qui sont chancelants, à Lui soit pour toujours — la gloire!


Note importante : La dépression n'est pas une maladie mentale qui attaque des hommes et des femmes faibles, elle est aussi très organique et elle est une démonstration d'un problème réel et physique dans le corps. Il faut absolument consulter votre médecin et parfois un thérapeute. Il faut surtout tenir la main de Celui qui soutient toute chose -- toi en particulier.