L'abnégation parfaite

Nous étions sorties elle et moi pour passer un peu de temps ensemble. J’avais prévu de faire un arrêt à la bibliothèque, au café de notre quartier, puis au bord de l’eau pour marcher avec elle. Lorsque nous sommes arrivées au café, nous avons rapidement remarqué qu’une longue file de gens attendaient jusqu’à l’extérieur sur le balcon enneigé et vieillot. Rose ne voulait pas patienter, alors j’ai tourné la voiture sans me stationner. Je suis repartie, sans café.


Une autre fois, Charlotte m’attendait pour faire une activité avec elle, mais je devais vraiment prendre une douche. Vraiment. Au lieu de profiter de cette journée de congé, de prolonger mon temps dans la douche, de ralentir le rythme effréné des jours de semaines, j’ai choisi de me dépêcher pour ne pas la faire attendre.


Durant l'une de mes journées de congé, mon patron m’envoie un message. Il me demande d'accomplir une tâche et j’en suis vraiment terrassée. Je désire profiter pleinement de mon repos, mais je suis stressée… je sens que je dois absolument lui répondre!


Ne pas faire attendre les autres, remplir leurs besoins immédiatement, porter attention à toutes leurs émotions, négliger nos propres désirs, voilà la parfaite définition de l’abnégation. Selon le dictionnaire Antidote, ce mot signifie : « sacrifice de soi-même, renoncement ».


Vous argumenterez sûrement que toutes les mères du monde font de l’abnégation au quotidien! Elles voient aux besoins de leurs enfants et s’assurent que tout est pour le mieux, dans tous les domaines. Et c’est vrai. Dieu a donné aux mères d’être attentives et de prendre soin. Elles ont un sens inné pour percevoir les besoins primaires et même secondaires de leur progéniture. Elles élèvent et soignent. Elles portent des millions de chapeaux différents pour combler le plus urgent et elles prennent souvent du temps pour prévoir et prévenir.


Là où l’abnégation devient un problème, est lorsque la personne doit absolument se sacrifier, au détriment du plan de Dieu pour l'autre. Lorsqu’elle ne réfléchit plus, lorsqu’elle abandonne tout pour venir en aide. Lorsqu’elle se croit indispensable à son prochain. Lorsqu’elle ne vit plus pour elle-même ou pour Dieu.


Je suis aux prises avec l’abnégation depuis vraiment longtemps, mais ce n’est que depuis deux ou trois ans que je vois les effets néfastes sur ma vie et sur celles des êtres que j’aime. En plus de déresponsabiliser mes enfants et les autres, plusieurs péchés que je commets sont directement liés à ce problème.


Les premières fois que j’ai réalisé cet angle mort dans ma vie, je me suis vivement justifiée! J’ai même osé croire que j’étais presque comme Jésus! Jésus était l’abnégation même! Il se sacrifiait toujours, partout, pour tout le monde. Il a carrément sacrifié sa vie. Il entraînait même des gens avec lui dans ses choix.


[Les disciples] partirent donc et proclamèrent qu’il fallait changer profondément. Ils chassaient aussi beaucoup de démons et guérissaient de nombreux malades en les oignant d’huile. [...]
À leur retour, les apôtres se réunirent auprès de Jésus et lui rendirent compte de tout ce qu’ils avaient fait, et de tout ce qu’ils avaient enseigné [les disciples étaient pas mal occupés et fatigués]. Alors il leur dit : Venez avec moi, dans un endroit isolé, et vous prendrez un peu de repos [beau plan!].
Il y avait effectivement beaucoup de monde qui allait et venait et ils ne trouvaient même pas le temps de manger. Ils partirent donc dans le bateau pour aller à l’écart dans un endroit désert. [...] Aussi, quand Jésus descendit du bateau, il vit une foule nombreuse. Il fut pris de compassion pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger ; alors il se mit à enseigner longuement [changement de plan complètement]. Marc 6.12-13; 30-32;34

Ce sacrifier pour les autres est entièrement biblique. Ce concept bafoué et rejeté de notre société moderne est l'une des causes du manque d’amour et de respect qu’ont les gens entre eux. Les actes engendrés par l’amour sacrificiel sont extraordinaires et sont au centre des histoires qui éblouissent nos coeurs profondément.


Je me rappelle avoir fait partie d’une pièce de théâtre dans laquelle un roi avait pris la place d’un voleur. Une personne dérobait les biens du roi depuis quelque temps et celui-lui évoqua la conséquence que le grand pécheur recevrait des coups de fouet pour son crime. Il s’avéra que la voleuse était sa mère. Alors le roi couvrit le corps de sa mère lorsqu’elle reçut les coups de sorte qu’elle ne subit aucun mal. Lui, a reçu chaque impact à sa place.


Cette pièce a beaucoup marqué mon enfance parce qu’en la jouant jour après jour, j’assistais à un acte d’amour pur. J’ai toujours pensé que je devais travailler à renoncer à moi-même au quotidien pour plaire à Dieu. J’ai fait plusieurs choix dans ma vie pensant agir pour le mieux, car j'enfouissais mes désirs et mes rêves.


Je crois que l'abnégation est profondément biblique, mais je suis aussi persuadée que d'essayer de prendre la place de Dieu est un grand péché. Puisque nous ne sommes pas Dieu et avons de la difficulté à connaître pleinement sa volonté, il est facile de se laisser aller à croire que de prendre soin de tous les besoins est ce qu'Il désire. Jésus n'a pas guéri tous les malades (Jean 5 raconte l'histoire d'un infirme qui était assis près de la piscine de Béthesda. Il est le seul a voir été guéri cette journée-là). Jésus n'a pas prêché le salut à chaque homme et femme de son temps. Il vécut une journée à la fois, selon le plan de Dieu pour Lui. Il était attentif et comblait les besoins physiques et spirituels des gens seulement lorsque Dieu le permettait. Parfois il guérissait, d'autre fois il laissait même les gens mourir (son grand ami : Lazare). Il avait toujours un but et savait ce dont chaque personne avait réellement besoin. À mon grand désarroi, je ne sais pas toujours ce qui est le mieux.


Lorsqu'une situation arrive et que je me sens pressée d'agir, j'ai appris à m'arrêter, à évaluer si les motifs de mon coeur sont valides et à me poser quelques questions.

  • Est-ce que je désire être le sauveur de cette personne? Si oui, il faut que je me ressaisisse, car je ne peux vraiment pas être le libérateur de personne! Seulement Christ peut l'être!

  • Est-ce qu'en répondant à un besoin j'empêche la personne de se responsabiliser ou de laisser Dieu agir dans sa vie?

  • Est-ce que son besoin est urgent? La plupart du temps en y pensant bien, l'urgence est importante, mais pas menaçante, la personne peut attendre quelques heures sans souffrir.

Pour conclure, je ne voudrais vraiment pas que tu lises cet article et penses qu'il ne faut plus sacrifier notre temps, notre argent, nos biens pour nos enfants et les gens qui nous entourent. Au contraire! Bon nombre de parents sont de mauvais représentants de Dieu auprès de leurs enfants dans ce domaine! Sauf qu'il ne faut pas prendre la place de Dieu.

Terrassé par la souffrance à venir, Jésus prononça ces paroles mémorables dans le jardin de Gethsémané :


Toutefois, que les choses se passent, non pas comme moi je le veux, mais comme tu le veux. » Matthieu 26.39

Apprenons à connaître la volonté de Dieu pour nous. Vérifions nos motifs ou les faux espoirs de nos coeurs. Cherchons à se sacrifier avec sensibilité et intentionnalité. Ne désirons pas sauver les autres, mais plutôt amenons-les aux pieds du Seigneur qui connaît parfaitement le besoin du coeur de chacun. Lui qui a vécut l'abnégation parfaite, saura nous guider.

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